Covid-19 : une psychologue professionnelle pour soutenir les permanents du Groupe LIP

06/04/2020
Covid-19 : une psychologue professionnelle pour soutenir les permanents du Groupe LIP

Depuis près d’un mois déjà, les 600 permanents du Groupe LIP ont vu leur quotidien bouleversé par les mesures de confinement liées au Covid-19. Comme pour tous les salariés français, la situation nous pousse à nous interroger, mais aussi à nous recentrer sur l’essentiel : soi-même. Pour accompagner les collaborateurs du Groupe LIP, Nathalie P., psychologue de formation, a proposé ses services. Découvrez son témoignage et ses espoirs pour l’après-confinement.

Qui êtes-vous et quel est votre parcours professionnel ?

Je m’appelle Nathalie P., j’ai 50 ans et je suis maman de trois enfants majeurs, presque adultes. Je suis psychologue. Pour moi, c’est un “métier passion”, j’ai tout fait pour y arriver. Après mon bac, j’ai suivi des études en psychologie à l’université Lyon 2. Pendant 10 ans, j’ai exercé la profession de psychologue dans l’éducation nationale. J’intervenais auprès d’élèves de maternelle et primaire, âgés de 2 à 12 ans, mais aussi auprès de leurs parents et enseignants.

Après cette première expérience très enrichissante, j’ai ouvert mon propre cabinet pour exercer en libéral. Pendant 10 ans, j’ai accompagné une patientèle très différente, allant de l’enfant à la personne âgée, et dont les maux psychologiques étaient très variés. Depuis le mois de janvier 2019, pour des raisons de santé, je ne peux plus exercer mon métier.

Quels étaient les troubles principaux de vos patients ?

Mon passé de psychologue dans l’éducation nationale m’a évidemment permis d’accompagner de très jeunes enfants confrontés à des difficultés comportementales ou scolaires. Je réalisais également des tests de QI auprès de ces jeunes patients. Lorsque j'exerçais en libéral, j’accompagnais des adolescents et des adultes dans leur thérapie. Les raisons de leur venue pouvaient être personnelles ou professionnelles, parfois même les deux.

Pourquoi avez-vous proposé vos services aux permanents du Groupe LIP ?

En effet, ce n’est pas un salarié du Groupe LIP qui m’a sollicitée, c’est moi qui ai proposé d’apporter mon soutien, spontanément et bénévolement. Je ne connais qu’une personne dans cette entreprise donc mon regard extérieur me semblait intéressant pour répondre aux interrogations des permanents. Avec l’équipe de direction, nous avons mis en place une cellule d’écoute téléphonique pour les salariés qui se sentent en difficulté actuellement.

Pour aider des personnes en détresse, je suis convaincue qu’il est indispensable de se connaître soi-même. Cela permet de comprendre les mécanismes psychologiques, sachant  que nous ne réagissons pas tous de la même manière face à un événement, un sentiment. J’ai personnellement suivi plusieurs années de psychanalyse qui m’ont été très utiles dans la compréhension des maux de mes patients.

Face au coronavirus et au confinement, quelles sont les principales craintes des permanents LIP ?

Avant même l’arrivée du coronavirus et ses impacts sur nos vies, nous vivons tous avec des difficultés personnelles (deuil, séparation, solitude) ou professionnelles. Le quotidien fait que nous les supportons, que nous occupons notre esprit autrement. Le confinement peut alors être la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Les permanents qui m’ont contactée ont exprimé leurs difficultés à gérer leur propre souffrance mais aussi celle des entreprises et des intérimaires qui s’interrogent sur l’avenir. En raison de leur profession, les chargés d’affaires et les consultants sont en contact direct avec leurs clients et candidats qui eux aussi sont victimes de la situation. Certains salariés m’ont fait part d’un sentiment de culpabilité. Pour eux, ne pas savoir comment ni quoi faire est difficile à accepter. Nous avons tendance à vouloir tout maîtriser pour nous rassurer. Les circonstances actuelles font que les missions professionnelles des permanents LIP ont changé très rapidement, sans qu’ils y soient préparés.

Depuis le début de la mise en place de la cellule psychologique, seules des femmes ont osé me contacter. Sans vouloir faire de généralité et tomber dans le cliché, je pense que les hommes n’osent pas par fierté. En règle générale, les femmes ont besoin de parler, de s’exprimer quand elles ont un souci, que ce soit auprès de leurs amis, des membres de leur famille ou d’un psychologue. A l’inverse, les hommes sont davantage pragmatiques. Lorsqu’ils parlent d’un problème rencontré, professionnel ou personnel, c’est dans l’objectif de trouver une solution. Pourtant, nous avons tous besoin de “sortir du bac à sable”, de prendre du recul, et cela n’a aucun rapport avec notre civilité.

Enfin, ce qui m’a particulièrement marqué dans les différents échanges que j’ai eus avec ces salariés, c’est leur loyauté, leur dévouement envers leur entreprise. En reconnaissant qu’ils sont en difficulté, ils ont peur de décevoir leur manager et leur dirigeant. Beaucoup d’entre eux se demandent même s’ils sont autorisés à se plaindre ! A plusieurs reprises, je me suis alors permise de rappeler qu’un emploi est avant tout alimentaire. C’est peut-être un peu direct mais c’est la réalité ! Il faut savoir prendre de la distance et s’écouter personnellement, encore une fois.

Avez-vous été sollicitée par les permanents du Groupe LIP ?

En réalité et avec du recul, je constate que tout s’est passé en deux étapes. J’ai reçu plusieurs appels dans l’heure qui a suivi l’envoi de l’email informatif à destination des salariés. Très vite, les premiers entretiens téléphoniques se sont déroulés. J’ai alors conclu qu’il y avait un véritable besoin et que la démarche avait été très bien accueillie ce qui est positif. Après cette vague, c’est le vide presque total. Je me suis alors interrogée ; n’osent-ils pas me contacter ? Considèrent-ils que ce qu’ils vivent actuellement n’est pas suffisamment grave pour aller déranger une psychologue ? Les réponses apportées par le gouvernement ont-elles répondu à leurs interrogations ? Je n’ai évidemment pas les réponses à ces questions mais je pense que certains oseront me contacter plus tard, puisque la situation n’est pas terminée.

Avec cette démarche, j’espère attirer l’attention sur le fait qu’il y a des besoins dans le Groupe LIP, bien au delà de cette situation particulière. Ce constat est bien évidemment valable pour toutes les entreprises, quels que soient leur taille ou leur secteur d’activité. Trop souvent, les salariés sont dans leur routine professionnelle et ne prennent pas le temps de s’écouter.

Comment se déroule un entretien téléphonique avec un salarié LIP ?

Je commence toujours mes entretiens par la même question : “Comment ça se passe pour vous ?”. Mon rôle est de les écouter parler de leurs sentiments et des difficultés qu’ils rencontrent. L’entretien dure environ trente minutes. Pendant notre échange, je rebondis sur certains mots employés quand ils m’interpellent particulièrement. Je constate que les permanents ont besoin d’être orienté ; beaucoup m’appellent pour avoir des conseils sur la gestion de cette situation inconnue à laquelle ils ne trouvent pas de solution seuls.

A la fin de l’entretien, j’invite les personnes à m’envoyer de leurs nouvelles par email, par SMS ou en m’appelant à nouveau. Il ne s’agit pas d’un échange “one shot” et si le besoin se fait ressentir, je reste disponible. En revanche, je ne suis pas là pour démarrer une thérapie. Si mes interlocuteurs font face à des problématiques de fond, qui ne sont pas forcément liées au coronavirus d’ailleurs, je leur conseille de consulter un confrère pour aller jusqu’au bout de la démarche.

Quelles sont les solutions que vous apportez à vos patients ?

En psychologie, il n’y a jamais de bonne recette, de solution idéale. Mon premier travail consiste à inviter les gens à chercher en eux les ressources pour surmonter leurs difficultés. Il est primordial d’écouter ce que l’on ressent, que ce soit positif ou négatif. Je ne dis jamais à mes patients “il faudrait que vous fassiez cela”. Cette formule n’est pas du tout adaptée, je ne dois à aucun moment me projeter à sa place car nous sommes tous différents.

Dans toute situation, la première personne qu’il faut écouter et entendre, c’est soi-même. Pourtant, c’est un exercice que beaucoup redoutent car il nous pousse à nous recentrer sur l’individu que nous sommes, avec ses forces et ses faiblesses. Accueillir toutes les émotions, y compris les pleurs, est une étape indispensable dans le processus de guérison. C’est en cela que consiste mon métier de psychologue : aider les patients à s’écouter.

Comment vivez-vous personnellement cette situation de confinement ?

Finalement, ce confinement ne change pas grand chose à ma vie. Je ne bougeais déjà pas beaucoup en raison de mes problèmes de santé. Je vis seule chez moi mais j’ai beaucoup de contacts avec mes enfants, ma famille et mes amis. Pour être tout à fait honnête, je trouve quelque chose de positif dans cette situation, y compris pour moi-même. Cette période nous oblige tous à faire un retour sur soi. C’est le moment de se poser des questions concrètes. Quelles sont mes ressources personnelles sur lesquelles je peux m’appuyer pour supporter le confinement ? Pour beaucoup d’individus, c’est la première fois qu’une telle situation se présente. Elle est effrayante car au quotidien, on se fuit. Nous sommes dans “l’hyper-tout” : hyperactivité, hypersociabilité, hyperconsommation.

Une fois que tout sera terminé, j’espère que les gens vont tirer des leçons de ce qui s’est passé, de ce qu’ils ont vécu et de la façon dont ils ont géré la situation. Peut-être vont-ils changer leur façon de voir, de vivre, de penser, qui sait ?

 

Crédit photo : Fotolia

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