Épisode 1/10. Rien n’a changé.
Je me suis réveillé avec une jolie claque ce matin.
Je me suis souvenu de juillet 1996, quand j’ai démarré dans ce métier, comme secrétaire d’agence.
30 ans déjà ! C’est un peu mes noces de perle avec l’intérim alors.
Ce métier qui m’a tant appris, tout ! et qui m’accompagne tous les jours de ma vie, comme un truc qui colle à la peau sans qu’on puisse s’en séparer. Impossible !
Bah oui, dans quel job, sur une même journée, on visite un atelier de chaudronnerie, puis on enchaîne avec un DRH (ils sont plus ou moins dures que les DAF ?), avant d’aller prendre le café avec deux menuisiers.
Recruter. Vendre. Dépanner, aider. Accompagner. Se faire planter. Négocier. Se prendre la tête.
Chercher des gars (qui parfois disparaissent), en même temps qu’on fabrique des amitiés extraordinaires avec eux. Pour une vie ! Sans parler des collègues qui sont comme des frères.
Nouer des liens d’une si grande proximité, avec nos clients qu’on assiste. Des partenaires. Réussir ensemble.
30 ans. Mon dieu… déjà.
J’ai rien vu passer. Rien !
C’était cet été-là, chez un major de l’intérim. Quelque part à Saint-Quentin-Fallavier.
J’avais pas fait d’études, je sortais de l’armée, et j’enchaînais des missions en intérim. J’étais nul, deux bras gauche. On me virait avant chaque fin de mission. Mais j’avais de la flûte.
Quelqu’un m’a donné ma chance en CDD et au SMIC.
Y avait pas de portable, pas internet, pas de réseaux sociaux, et on fumait au bureau, dans les restaurants et les ascenseurs.
Souvent je me demande ce qui a changé dans ce métier. Sûrement pleins de trucs, des détails, des outils. De la modernité ! Mais en fin de compte, pas grand chose. Notre métier reste le même. Presque identique !
Des candidats et des intérimaires dont on a besoin, à qui on doit un job !
Des clients avec lesquels ont travaille main dans la main.
Des succès, des échecs. Des coups de gueule, des couleuvres à avaler…
Mais si je pouvais parler au jeune homme que j’étais, je lui dirai :
« fais gaffe à ton poids !… Fais-toi confiance. T’as fait le bon choix. Tu rencontreras, grâce à l’intérim, tellement de gens formidables, tu vivras de grandes histoires avec eux. Très fortes. Alors souris et travaille ! ».
Oui…
Rien n’a changé.
Sauf le temps qui passe.
Fabrice
Je me suis réveillé avec une jolie claque ce matin.
Je me suis souvenu de juillet 1996, quand j’ai démarré dans ce métier, comme secrétaire d’agence.
30 ans déjà ! C’est un peu mes noces de perle avec l’intérim alors.
Ce métier qui m’a tant appris, tout ! et qui m’accompagne tous les jours de ma vie, comme un truc qui colle à la peau sans qu’on puisse s’en séparer. Impossible !
Bah oui, dans quel job, sur une même journée, on visite un atelier de chaudronnerie, puis on enchaîne avec un DRH (ils sont plus ou moins dures que les DAF ?), avant d’aller prendre le café avec deux menuisiers.
Recruter. Vendre. Dépanner, aider. Accompagner. Se faire planter. Négocier. Se prendre la tête.
Chercher des gars (qui parfois disparaissent), en même temps qu’on fabrique des amitiés extraordinaires avec eux. Pour une vie ! Sans parler des collègues qui sont comme des frères.
Nouer des liens d’une si grande proximité, avec nos clients qu’on assiste. Des partenaires. Réussir ensemble.
30 ans. Mon dieu… déjà.
J’ai rien vu passer. Rien !
C’était cet été-là, chez un major de l’intérim. Quelque part à Saint-Quentin-Fallavier.
J’avais pas fait d’études, je sortais de l’armée, et j’enchaînais des missions en intérim. J’étais nul, deux bras gauche. On me virait avant chaque fin de mission. Mais j’avais de la flûte.
Quelqu’un m’a donné ma chance en CDD et au SMIC.
Y avait pas de portable, pas internet, pas de réseaux sociaux, et on fumait au bureau, dans les restaurants et les ascenseurs.
Souvent je me demande ce qui a changé dans ce métier. Sûrement pleins de trucs, des détails, des outils. De la modernité ! Mais en fin de compte, pas grand chose. Notre métier reste le même. Presque identique !
Des candidats et des intérimaires dont on a besoin, à qui on doit un job !
Des clients avec lesquels ont travaille main dans la main.
Des succès, des échecs. Des coups de gueule, des couleuvres à avaler…
Mais si je pouvais parler au jeune homme que j’étais, je lui dirai :
« fais gaffe à ton poids !… Fais-toi confiance. T’as fait le bon choix. Tu rencontreras, grâce à l’intérim, tellement de gens formidables, tu vivras de grandes histoires avec eux. Très fortes. Alors souris et travaille ! ».
Oui…
Rien n’a changé.
Sauf le temps qui passe.
Fabrice
Épisode 2/10. P’tit con.
Le souvenir de cet été 1996 a ravivé bien des choses.
Mars 2001. On avait changé de siècle, de monnaie, et gagné une coupe du monde. On disait encore que la France était black, blanc, beur.
Moi, je changeais de crémerie. Une nouvelle enseigne, après presque 5 ans ailleurs. 4 agences, de secrétaire à consultant senior. Mais on m’a viré. Ou j’ai voulu partir. Avec le temps, on ne sait plus vraiment qui quitte qui. On s’arrange avec sa mémoire.
Mais ils avaient refuser de me nommer directeur d’agence.
Merci !
Parce qu’après cette séparation, j’ai ouvert ma première agence à moi, à Lyon. Rhoooo !
Sauf que ce n’était pas tout à fait à moi. J’étais associé minoritaire. Pas le véritable patron… qui lui travaillait en bourgogne.
J’avais emprunté de l’argent et sollicité mes parents qui étaient encore là.
On me parlait maintenant de pacte d’associés, de banques, de trésorerie, de bilans et tout le tralala. Je n’y comprenais rien. J’avais 25 ans et pas un brin de formation.
Le 1er mars 2001, l’agence était vide et sentait le neuf.
Pas de client, pas de candidat, pas d’intérimaire. Juste un téléphone fixe, un portable et un Minitel ! Qu’est-ce que je foutais là ? J’avais le vertige.
J’ai bu quelques cafés avec celle qui m’accompagnait. Puis j’ai été dans un bistrot de quartier pour demander qui recherchait du boulot. Un type m’a suivi et j’ai sorti les pages jaunes. J’ai passé des coups de fil jusqu’à ce que je lui trouve du job. C’était un plaquiste. Puis il y en a eu un autre, et encore un.
Mais je me trompais de chemin. J’étais stupide. Je me prenais pour un autre, tellement fier d’avoir cette carte de visite « President associé ». Quel con ! J’étais bouffé d’orgueil, dévoré par mon ego.
Je n’avais pas de projet véritable. Et ce qui compte le plus si on veut « monter sa boîte », c’est un projet, un vrai, clair et net, un cap et une vision.
Les titres, la taille de la voiture et les rêves d’argent, c’est juste un projet de médiocrité. Sans sens. Ni le moindre avenir.
Cette année 2001, j’en ai mis des gens en poste. Y en avait 100, à peine douze mois plus tard. Je rencontrais l’environnement de la tuyauterie, j’envoyais des soudeurs un peu partout en France. Quel kif !
Et à l’inverse de mon ex-employeur où j’ai appris mon métier, ses fondamentaux, malgré un cadre où tout était si procéduré… je découvrais le monde des indépendants, des « tout-petits ». Je comprenais l’impact d’un client qui ne nous paye pas, la pression d’avoir tous les salaires à sortir en temps et en heure. Je mesurais la défiance des autres… quand on démarre, qu’on est si minuscule.
C’était il y a si longtemps, avec cette drôle d’impression que c’était hier. Pire quand je revois cette photo.
« P’tit con ! Sois prudent ! Fais attention. Préserve toi ! Car tu vas bientôt basculer dans les années les plus sombres de ta vie ».
Fabrice
Le souvenir de cet été 1996 a ravivé bien des choses.
Mars 2001. On avait changé de siècle, de monnaie, et gagné une coupe du monde. On disait encore que la France était black, blanc, beur.
Moi, je changeais de crémerie. Une nouvelle enseigne, après presque 5 ans ailleurs. 4 agences, de secrétaire à consultant senior. Mais on m’a viré. Ou j’ai voulu partir. Avec le temps, on ne sait plus vraiment qui quitte qui. On s’arrange avec sa mémoire.
Mais ils avaient refuser de me nommer directeur d’agence.
Merci !
Parce qu’après cette séparation, j’ai ouvert ma première agence à moi, à Lyon. Rhoooo !
Sauf que ce n’était pas tout à fait à moi. J’étais associé minoritaire. Pas le véritable patron… qui lui travaillait en bourgogne.
J’avais emprunté de l’argent et sollicité mes parents qui étaient encore là.
On me parlait maintenant de pacte d’associés, de banques, de trésorerie, de bilans et tout le tralala. Je n’y comprenais rien. J’avais 25 ans et pas un brin de formation.
Le 1er mars 2001, l’agence était vide et sentait le neuf.
Pas de client, pas de candidat, pas d’intérimaire. Juste un téléphone fixe, un portable et un Minitel ! Qu’est-ce que je foutais là ? J’avais le vertige.
J’ai bu quelques cafés avec celle qui m’accompagnait. Puis j’ai été dans un bistrot de quartier pour demander qui recherchait du boulot. Un type m’a suivi et j’ai sorti les pages jaunes. J’ai passé des coups de fil jusqu’à ce que je lui trouve du job. C’était un plaquiste. Puis il y en a eu un autre, et encore un.
Mais je me trompais de chemin. J’étais stupide. Je me prenais pour un autre, tellement fier d’avoir cette carte de visite « President associé ». Quel con ! J’étais bouffé d’orgueil, dévoré par mon ego.
Je n’avais pas de projet véritable. Et ce qui compte le plus si on veut « monter sa boîte », c’est un projet, un vrai, clair et net, un cap et une vision.
Les titres, la taille de la voiture et les rêves d’argent, c’est juste un projet de médiocrité. Sans sens. Ni le moindre avenir.
Cette année 2001, j’en ai mis des gens en poste. Y en avait 100, à peine douze mois plus tard. Je rencontrais l’environnement de la tuyauterie, j’envoyais des soudeurs un peu partout en France. Quel kif !
Et à l’inverse de mon ex-employeur où j’ai appris mon métier, ses fondamentaux, malgré un cadre où tout était si procéduré… je découvrais le monde des indépendants, des « tout-petits ». Je comprenais l’impact d’un client qui ne nous paye pas, la pression d’avoir tous les salaires à sortir en temps et en heure. Je mesurais la défiance des autres… quand on démarre, qu’on est si minuscule.
C’était il y a si longtemps, avec cette drôle d’impression que c’était hier. Pire quand je revois cette photo.
« P’tit con ! Sois prudent ! Fais attention. Préserve toi ! Car tu vas bientôt basculer dans les années les plus sombres de ta vie ».
Fabrice
Épisode 3/10. Triste réalité.
Août 2003. Un printemps et un été caniculaire, quand tout le monde ne jurait plus que par Harry Potter et le Seigneur des Anneaux.
Moi, c’était mes adieux à l’intérim à 27 ans !
Je crève de chaud ! Je suis serveur dans un restaurant de la rue Mercière à Lyon. J’avais menti pour avoir le job, avec un faux CV, en racontant que je revenais de trois saisons à Cannes.
Fallait bien bouffer. Et le chômage m’avait expliqué que j’aurais 8 mois de carence à cause de mon statut. Rien à voir avec mon salaire. Ha d’accord.
Bah oui ! J’avais perdu mon agence d’intérim, mon travail et mon orgueil un mois plus tôt, quand j’étais monté voir mon patron et associé-majoritaire en bourgogne. Fallait que ça s’arrête entre nous. Quels que soient les résultats sur Lyon, plus rien ne fonctionnait dans notre relation, et encore moins dans ma vie.
Sûrement que j’avais merdé sur pleins de choses et que je n’avais pas les codes. Bien sûr que oui.
Je me rappelle si bien de ce jour-la, ce sentiment d’être un raté !
Je n’avais pas un centime pour prendre le train pour rentrer à Lyon après notre entrevue. Je n’avais plus de permis de toutes façons. Conduite en état d’ivresse.
Quand on s’est vus, il a dit les choses en 10 minutes : « tu me rends les clefs du bureau, le
chéquier. Et tu te casses !… Je te mets 2 ans de clause de non concurrence. Mais je ne te la paye pas puisque c’est une clause d’associé. Quant à tes parts, je te les rachète un euro ». J’avais mis 53000€.
Peut-être que j’ai chialé sur ce quai de gare comme un gosse qui méritait sa punition.
C’était un bel été.
Et puis on m’avais quitté. Et puis, j’étais pas loin de l’interdit bancaire.
Et ma mère allait bientôt partir de sa foutue maladie…
Je n’avais plus de logement.
Mais, comme un bout de soleil qu’on aperçoit parfois dans une tempête, j’avais un de mes intérimaires, un tuyauteur, devenu un ami, qui m’hébergeait.
Merci capitaine !
Sans doute que j’avais mérité tout ça. Mais j’ai détesté travailler dans ce restaurant.
J’ai arrêté après une soirée où j’ai servi des intérimaires avec lesquels je m’étais embrouillés par le passé. Ils s’étaient foutus de ma gueule.
Ils devaient avoir raison de remettre a sa place le directeur d’agence que j’avais été.
2003. Année noire.
Quand je te vois sur la photo, j’ai envie de te prendre dans les bras « Accroches-toi Fabrice. Bats-toi. Patiente ! Tu reviendras ».
Fabrice
Août 2003. Un printemps et un été caniculaire, quand tout le monde ne jurait plus que par Harry Potter et le Seigneur des Anneaux.
Moi, c’était mes adieux à l’intérim à 27 ans !
Je crève de chaud ! Je suis serveur dans un restaurant de la rue Mercière à Lyon. J’avais menti pour avoir le job, avec un faux CV, en racontant que je revenais de trois saisons à Cannes.
Fallait bien bouffer. Et le chômage m’avait expliqué que j’aurais 8 mois de carence à cause de mon statut. Rien à voir avec mon salaire. Ha d’accord.
Bah oui ! J’avais perdu mon agence d’intérim, mon travail et mon orgueil un mois plus tôt, quand j’étais monté voir mon patron et associé-majoritaire en bourgogne. Fallait que ça s’arrête entre nous. Quels que soient les résultats sur Lyon, plus rien ne fonctionnait dans notre relation, et encore moins dans ma vie.
Sûrement que j’avais merdé sur pleins de choses et que je n’avais pas les codes. Bien sûr que oui.
Je me rappelle si bien de ce jour-la, ce sentiment d’être un raté !
Je n’avais pas un centime pour prendre le train pour rentrer à Lyon après notre entrevue. Je n’avais plus de permis de toutes façons. Conduite en état d’ivresse.
Quand on s’est vus, il a dit les choses en 10 minutes : « tu me rends les clefs du bureau, le
chéquier. Et tu te casses !… Je te mets 2 ans de clause de non concurrence. Mais je ne te la paye pas puisque c’est une clause d’associé. Quant à tes parts, je te les rachète un euro ». J’avais mis 53000€.
Peut-être que j’ai chialé sur ce quai de gare comme un gosse qui méritait sa punition.
C’était un bel été.
Et puis on m’avais quitté. Et puis, j’étais pas loin de l’interdit bancaire.
Et ma mère allait bientôt partir de sa foutue maladie…
Je n’avais plus de logement.
Mais, comme un bout de soleil qu’on aperçoit parfois dans une tempête, j’avais un de mes intérimaires, un tuyauteur, devenu un ami, qui m’hébergeait.
Merci capitaine !
Sans doute que j’avais mérité tout ça. Mais j’ai détesté travailler dans ce restaurant.
J’ai arrêté après une soirée où j’ai servi des intérimaires avec lesquels je m’étais embrouillés par le passé. Ils s’étaient foutus de ma gueule.
Ils devaient avoir raison de remettre a sa place le directeur d’agence que j’avais été.
2003. Année noire.
Quand je te vois sur la photo, j’ai envie de te prendre dans les bras « Accroches-toi Fabrice. Bats-toi. Patiente ! Tu reviendras ».
Fabrice
Épisode 4/10. Maman.
Août 2004. En attendant les Jo d’Athènes, Facebook était déjà née et allait changer le monde après Internet… qui l’avait sacrement accéléré !
Ma vie commençait à s’adoucir. Un peu.
Un homme m’avait tendu la main, à l’automne dernier, pour me prêter un bureau. Parce que mon premier employeur, le major, m’avait rappelé. Il souhaitait que je forme leurs consultants. Merci !
Depuis quelques mois, j’animais des sessions à Limonest, avec des visites en agence pour les booster. Je tutoyais de nouveau l’intérim d’une certaine façon.
À l’armée, dans les paras, j’avais découvert que je ne supportais pas l’autorité. Et là, j’avais du mal avec la pédagogie.
Je voulais toujours crier : « Putain ! Mettez des gars au boulot, bougez-vous les fesses, c’est pas sorcier. Appelez les prospects, les clients, rencontrer des candidats et proposez leurs compétences ».
Mais je rentrais une paye. Alors je me taisais.
Ce lundi 9 août, j’avais des larmes pleins les yeux. Ma mère était morte la veille. Du crabe, à 53 ans. J’en avais 28. On l’avait veillée pendant deux semaines. Notre relation n’avait pas été simple depuis longtemps. Mais on a fait la paix sur les derniers jours. Et je lui ai juré qu’elle serait bientôt fière de moi. Je l’avais tellement déçue.
A 9 heures, je devais repasser mon permis de conduire. Je n’y ai pas été. Pas la force. Je suis retourné dans mon petit studio, en rez-de-chaussée dans le 7ème. J’avais des recommandés de mon ex-associé.
On avait fini par trouver une solution sur mes parts. J’avais touché un peu plus que mon investissement, mais la moitié était bloqué en banque pour cautionner les garanties d’actif et de passif. Et là, il m’en réclamait une. Sûrement qu’il avait raison. Mais pas aujourd’hui !
Le hasard a voulu que je déjeune ce midi, avec mon plus gros client historique. J’avais beaucoup d’affection pour lui.
C’était décidé, j’allais ouvrir ma boîte à moi à la fin de ma clause, dans un an. Il fallait 100 000€. Je savais que j’en aurais que 55. Et je cherchais un investisseur, de 20 ans mon aîné, qui soit minoritaire, ne travaille surtout pas avec moi, mette les 45 manquants, et me montre comment faire avec les banques et les tiers.
C’est beau d’être autodidacte, mais parfois, la note est trop rude.
A table, ce grand monsieur de la tuyauterie m’avait dit banco.
Mon projet se dessinait. Enfin ! J’étais sûr de ce que je voulais faire, et comment. J’avais l’intuition de connaître la suite de mon histoire, malgré les moqueries. Cette boîte serait la conséquences de toutes mes erreurs, de tout ce que j’avais appris depuis 1996. Et cette entreprise serait une grande réussite.
Je suis rentré dans la maison de mon père. On s’attend toujours à ce qu’on ait rêvé les drames. Mais non ! Ma mère n’était plus là. Juste mes regrets. Avec mon père dans sa peine immense.
Quand je revois, cette photo, je voudrais lui dire que j’ai honoré ma promesse. Et que je l’aime. Très Faure.
Fabrice
Août 2004. En attendant les Jo d’Athènes, Facebook était déjà née et allait changer le monde après Internet… qui l’avait sacrement accéléré !
Ma vie commençait à s’adoucir. Un peu.
Un homme m’avait tendu la main, à l’automne dernier, pour me prêter un bureau. Parce que mon premier employeur, le major, m’avait rappelé. Il souhaitait que je forme leurs consultants. Merci !
Depuis quelques mois, j’animais des sessions à Limonest, avec des visites en agence pour les booster. Je tutoyais de nouveau l’intérim d’une certaine façon.
À l’armée, dans les paras, j’avais découvert que je ne supportais pas l’autorité. Et là, j’avais du mal avec la pédagogie.
Je voulais toujours crier : « Putain ! Mettez des gars au boulot, bougez-vous les fesses, c’est pas sorcier. Appelez les prospects, les clients, rencontrer des candidats et proposez leurs compétences ».
Mais je rentrais une paye. Alors je me taisais.
Ce lundi 9 août, j’avais des larmes pleins les yeux. Ma mère était morte la veille. Du crabe, à 53 ans. J’en avais 28. On l’avait veillée pendant deux semaines. Notre relation n’avait pas été simple depuis longtemps. Mais on a fait la paix sur les derniers jours. Et je lui ai juré qu’elle serait bientôt fière de moi. Je l’avais tellement déçue.
A 9 heures, je devais repasser mon permis de conduire. Je n’y ai pas été. Pas la force. Je suis retourné dans mon petit studio, en rez-de-chaussée dans le 7ème. J’avais des recommandés de mon ex-associé.
On avait fini par trouver une solution sur mes parts. J’avais touché un peu plus que mon investissement, mais la moitié était bloqué en banque pour cautionner les garanties d’actif et de passif. Et là, il m’en réclamait une. Sûrement qu’il avait raison. Mais pas aujourd’hui !
Le hasard a voulu que je déjeune ce midi, avec mon plus gros client historique. J’avais beaucoup d’affection pour lui.
C’était décidé, j’allais ouvrir ma boîte à moi à la fin de ma clause, dans un an. Il fallait 100 000€. Je savais que j’en aurais que 55. Et je cherchais un investisseur, de 20 ans mon aîné, qui soit minoritaire, ne travaille surtout pas avec moi, mette les 45 manquants, et me montre comment faire avec les banques et les tiers.
C’est beau d’être autodidacte, mais parfois, la note est trop rude.
A table, ce grand monsieur de la tuyauterie m’avait dit banco.
Mon projet se dessinait. Enfin ! J’étais sûr de ce que je voulais faire, et comment. J’avais l’intuition de connaître la suite de mon histoire, malgré les moqueries. Cette boîte serait la conséquences de toutes mes erreurs, de tout ce que j’avais appris depuis 1996. Et cette entreprise serait une grande réussite.
Je suis rentré dans la maison de mon père. On s’attend toujours à ce qu’on ait rêvé les drames. Mais non ! Ma mère n’était plus là. Juste mes regrets. Avec mon père dans sa peine immense.
Quand je revois, cette photo, je voudrais lui dire que j’ai honoré ma promesse. Et que je l’aime. Très Faure.
Fabrice
Épisode 5/10. Le premier jour.
2005. Raphaël cartonnait avec son album Caravane, un pape était mort et on venait de voter pour le dernier referendum en France.
Ça y est, c’était parti !
J’avais 29 ans, j’attendais une fille pour octobre. Et putain ! J’ouvrais mon agence ma boîte, mon enfant, avec mes idées, mon cap, mon projet. La roue tournait enfin.
LIP, les Intérimaires Professionnels était née. Le nom le plus simple du monde. Basique ! Qui rendait hommage à mon métier comme je l’aime, avec des pros ! et la gratitude que je devrais toujours à mes intérimaires.
Sans oublier le L, pour le clin d’œil à Lyon.
Finalement, ce n’était pas avec ce patron de la tuyauterie que je m’etais associé. Après m’avoir dit oui, un autre projet l’avait empêché de m’accompagner. Merde !
J’ai serré les dents, et j’ai retrouvé quelqu’un d’un autre genre, mais pour qui j’avais un immense respect. On s’est embarqués ensemble. Pour le même deal. Merci !
Sauf que je n’obtenais pas ma fichue garantie financière, impossible d’exercer l’intérim sans ce sésame.
J’avais mauvaise presse, peut-être, ou on m’avait mis des bâtons dans les roues. Je m’en fous ! Je n’étais plus à ça près.
J’ai proposé 5% du capital de LIP à une vielle connaissance, un confrère, bon copain de mon âge, pour qu’il se débrouille à obtenir ma caution auprès de ces gens.
Alors j’ai démarré avec 55% des parts, deux autres associés, et une dame sur la fin de sa carrière, une vraie mère, une assistante, qui est revenue vers moi dès le démarrage pour un duo en or !
Le premier président, ce n’était pas moi. Mais mon père. Jusqu’en novembre.
Parce que la société avait été créé, administrativement en mars, pendant ma clause de non-concurrence qui ne s’éteignait qu’en juin. Je ne voulais pas prendre de risque de procès supplémentaire, et avoir encore des emmerdes.
Mon père avait pris cette place de papier.
Il venait de tomber malade, démence à corps de Lewis. C’était le tout début. Pas encore les drames de cette saloperie.
Mais je garde un souvenir si délicat, des frissons, de savoir qu’il a « dirigée » cette entreprise avec moi. Qu’il a vu cette enseigne. Je l’adorais.
Le premier jour, un vendredi, malgré la gueule de bois de l’inauguration, j’ai ouvert l’agence comme un soulagement, une étape.
7 gars en poste, et 42 le lundi. Des tuyauteurs, des soudeurs. Et une soixantaine dès le mois d’août.
Ça partait très vite, et il n’y avait plus de trésorerie sur la fin de l’été. Déjà ! Les caisses étaient vides.
Parce qu’on fait l’avance de tout dans notre métier.
Mais mon client historique avait pris l’initiative de signer mes traites dès leurs réceptions et de les faxer dans la foulée à la banque. Ouf quelques instants.
Quand je revois cette photo, je sais que j’ai été heureux en 2005. Mais j’ai envie de te dire : « N’oublies pas l’essentiel. Car la violence et les risques des 10 ans qui t’attendent n’excuseront pas tout ! ».
Fabrice
2005. Raphaël cartonnait avec son album Caravane, un pape était mort et on venait de voter pour le dernier referendum en France.
Ça y est, c’était parti !
J’avais 29 ans, j’attendais une fille pour octobre. Et putain ! J’ouvrais mon agence ma boîte, mon enfant, avec mes idées, mon cap, mon projet. La roue tournait enfin.
LIP, les Intérimaires Professionnels était née. Le nom le plus simple du monde. Basique ! Qui rendait hommage à mon métier comme je l’aime, avec des pros ! et la gratitude que je devrais toujours à mes intérimaires.
Sans oublier le L, pour le clin d’œil à Lyon.
Finalement, ce n’était pas avec ce patron de la tuyauterie que je m’etais associé. Après m’avoir dit oui, un autre projet l’avait empêché de m’accompagner. Merde !
J’ai serré les dents, et j’ai retrouvé quelqu’un d’un autre genre, mais pour qui j’avais un immense respect. On s’est embarqués ensemble. Pour le même deal. Merci !
Sauf que je n’obtenais pas ma fichue garantie financière, impossible d’exercer l’intérim sans ce sésame.
J’avais mauvaise presse, peut-être, ou on m’avait mis des bâtons dans les roues. Je m’en fous ! Je n’étais plus à ça près.
J’ai proposé 5% du capital de LIP à une vielle connaissance, un confrère, bon copain de mon âge, pour qu’il se débrouille à obtenir ma caution auprès de ces gens.
Alors j’ai démarré avec 55% des parts, deux autres associés, et une dame sur la fin de sa carrière, une vraie mère, une assistante, qui est revenue vers moi dès le démarrage pour un duo en or !
Le premier président, ce n’était pas moi. Mais mon père. Jusqu’en novembre.
Parce que la société avait été créé, administrativement en mars, pendant ma clause de non-concurrence qui ne s’éteignait qu’en juin. Je ne voulais pas prendre de risque de procès supplémentaire, et avoir encore des emmerdes.
Mon père avait pris cette place de papier.
Il venait de tomber malade, démence à corps de Lewis. C’était le tout début. Pas encore les drames de cette saloperie.
Mais je garde un souvenir si délicat, des frissons, de savoir qu’il a « dirigée » cette entreprise avec moi. Qu’il a vu cette enseigne. Je l’adorais.
Le premier jour, un vendredi, malgré la gueule de bois de l’inauguration, j’ai ouvert l’agence comme un soulagement, une étape.
7 gars en poste, et 42 le lundi. Des tuyauteurs, des soudeurs. Et une soixantaine dès le mois d’août.
Ça partait très vite, et il n’y avait plus de trésorerie sur la fin de l’été. Déjà ! Les caisses étaient vides.
Parce qu’on fait l’avance de tout dans notre métier.
Mais mon client historique avait pris l’initiative de signer mes traites dès leurs réceptions et de les faxer dans la foulée à la banque. Ouf quelques instants.
Quand je revois cette photo, je sais que j’ai été heureux en 2005. Mais j’ai envie de te dire : « N’oublies pas l’essentiel. Car la violence et les risques des 10 ans qui t’attendent n’excuseront pas tout ! ».
Fabrice
Épisode 6/10. Mon vieux.
Noël 2008.
Après les rires et les cadeaux, la table s’est vidée, la maison endormie. J’avais peur, je me sentais seul. Infoutu de le dire à personne. Juste envie de finir la bouteille de whisky. Perdu dans le souvenir de cette année.
Aux Etats-Unis, ils avaient élu Barack Obama, la France était bienvenue chez les Ch’tis et la faillite de Lehman Brothers avait foutu un bordel incroyable dans le monde depuis octobre.
J’ai appris que ce genre de crise percutait même une toute petite société d’intérim.
Pourtant tout avait si bien démarré.
On avait nos solutions de financement pour l’activité, et trois premiers bilans clôturés et positifs. Le dernier : 12 M€ de CA et 200 K€ de résultat net.
5 agences à Lyon, une à Macon, une à Chambéry, et un nouveau siège avec un jeune RAF qui comprenait et m’expliquait l’administratif et les papiers pour lesquels je n’avais pas été formé. Merci !
C’est épuisant de toujours sourire en disant oui, alors qu’on ne pige rien. Vaut mieux faire répéter en avouant qu’on est un peu con.
On tenait la ligne de nos métiers. Acteur spécialiste, pas généraliste ! et sans véritables « grands comptes » dont les prix insultent notre travail et nous auraient mis en dépendance.
J’avais 32 ans, une maison à crédit sur 25 ans, et le soleil qui brillait de nouveau.
Respire ! Il faut garder la tête froide. Écouter les autres. Se moquer de soi-même pour ne pas se brûler les ailes.
Pas de grosse bagnole. D’abord construire. Bâtir.
J’avais vite senti un truc dès le départ. Il fallait déléguer, faire confiance pour de vrai ! et embaucher.
Alors, en 2007, j’ai confié tous mes intérimaires à un nouveau collaborateur. Je savais que j’en perdrais beaucoup avec mon « remplacement ». Merde, que ça fait mal !
Mais c’était le prix à payer pour gérer le reste et accueillir une quinzaine de salariés au fil de l’eau.
Notamment une jeune femme qui a poussé tout le développement du Bâtiment Second-Oeuvre. Merci !
C’était joyeux, festif, comme une bande de copains en vacances.
Mais j’ai commis deux erreurs monumentales. Idiot ! Deux ouvertures plantées nous pénalisaient grave. Pas assez de rentabilité pour encaisser deux échecs importants. Pas assez de fonds propres. Trop de pertes.
Et ma seconde faute : ne pas avoir trancher immédiatement.
Quand on gère des « commerciaux » dans l’intérim, s’ils ne réussissent pas les premiers mois, ils doivent partir !
Les « sans-résultats », alors que c’est leur job, envoient tout un système dans le mur.
Je n’avais pas encore le courage de virer des gens.
J’allais bientôt l’apprendre à mes depends.
Je me suis resservi un dernier verre, avec les mots de mon RAF en tête : « Faut restructurer ». Ta gueule !
Moi, j’aurais voulu parler à mon père. Il était mort en juillet de sa maladie. 4 ans en enfer ! Tu me manques.
Il m’appelait toujours p’tit mec.
J’ai mis Daniel Guichard pour écouter Mon Vieux. Parce que les larmes font parfois du bien.
Fabrice
Noël 2008.
Après les rires et les cadeaux, la table s’est vidée, la maison endormie. J’avais peur, je me sentais seul. Infoutu de le dire à personne. Juste envie de finir la bouteille de whisky. Perdu dans le souvenir de cette année.
Aux Etats-Unis, ils avaient élu Barack Obama, la France était bienvenue chez les Ch’tis et la faillite de Lehman Brothers avait foutu un bordel incroyable dans le monde depuis octobre.
J’ai appris que ce genre de crise percutait même une toute petite société d’intérim.
Pourtant tout avait si bien démarré.
On avait nos solutions de financement pour l’activité, et trois premiers bilans clôturés et positifs. Le dernier : 12 M€ de CA et 200 K€ de résultat net.
5 agences à Lyon, une à Macon, une à Chambéry, et un nouveau siège avec un jeune RAF qui comprenait et m’expliquait l’administratif et les papiers pour lesquels je n’avais pas été formé. Merci !
C’est épuisant de toujours sourire en disant oui, alors qu’on ne pige rien. Vaut mieux faire répéter en avouant qu’on est un peu con.
On tenait la ligne de nos métiers. Acteur spécialiste, pas généraliste ! et sans véritables « grands comptes » dont les prix insultent notre travail et nous auraient mis en dépendance.
J’avais 32 ans, une maison à crédit sur 25 ans, et le soleil qui brillait de nouveau.
Respire ! Il faut garder la tête froide. Écouter les autres. Se moquer de soi-même pour ne pas se brûler les ailes.
Pas de grosse bagnole. D’abord construire. Bâtir.
J’avais vite senti un truc dès le départ. Il fallait déléguer, faire confiance pour de vrai ! et embaucher.
Alors, en 2007, j’ai confié tous mes intérimaires à un nouveau collaborateur. Je savais que j’en perdrais beaucoup avec mon « remplacement ». Merde, que ça fait mal !
Mais c’était le prix à payer pour gérer le reste et accueillir une quinzaine de salariés au fil de l’eau.
Notamment une jeune femme qui a poussé tout le développement du Bâtiment Second-Oeuvre. Merci !
C’était joyeux, festif, comme une bande de copains en vacances.
Mais j’ai commis deux erreurs monumentales. Idiot ! Deux ouvertures plantées nous pénalisaient grave. Pas assez de rentabilité pour encaisser deux échecs importants. Pas assez de fonds propres. Trop de pertes.
Et ma seconde faute : ne pas avoir trancher immédiatement.
Quand on gère des « commerciaux » dans l’intérim, s’ils ne réussissent pas les premiers mois, ils doivent partir !
Les « sans-résultats », alors que c’est leur job, envoient tout un système dans le mur.
Je n’avais pas encore le courage de virer des gens.
J’allais bientôt l’apprendre à mes depends.
Je me suis resservi un dernier verre, avec les mots de mon RAF en tête : « Faut restructurer ». Ta gueule !
Moi, j’aurais voulu parler à mon père. Il était mort en juillet de sa maladie. 4 ans en enfer ! Tu me manques.
Il m’appelait toujours p’tit mec.
J’ai mis Daniel Guichard pour écouter Mon Vieux. Parce que les larmes font parfois du bien.
Fabrice
Épisode 7/10. Grand fou !
5 Décembre 2009.
La crise n’en finissait pas, Lady Gaga devenait une star mondiale, et moi je m’étais séparé du tiers de mes salariés.
C’était mes 34 ans. La fête, un bar autour d’une piste avec des amis chez LIP et des copains de toujours.
J’ai toujours tout mélangé, des vieux, des jeunes. Se confronter.
Mais avec le temps, j’ai compris que LIP avait avalé ma vie entière. Presque.
Dans une soirée, y a toujours ce moment où les mecs se demandent comment va le boulot. Quelques commentaires…
Et les jaloux, au fond, n’attendent que ta chute.
Et moi ?
Nous étions 21 collaborateurs en janvier. En septembre, il en restait 14, mais sans avoir fermé aucune agence.
Que j’ai été mauvais ! Au lieu de gérer ça d’un coup d’un seul, j’ai préféré en licencier un par mois.
Ce n’était plus le LIP festif et joyeux, où ça rigole, mais Koh Lanta. A qui le tour ?
J’ai eu si honte quand j’ai quitté cette agence de Savoie, après avoir renvoyé cette jeune mère célibataire et ce technicien qui avait démissionné pour tenter l’aventure chez nous. J’ai gardé leur directeur, plus efficace et avec lequel je ne m’entendais pas vraiment. Drôle d’ironie !
J’étais rentré direct chez moi, abîmé… Putain ! Juste envie de m’enfuir.
Mais j’avais accompli mon devoir pour la boîte.
On n’avait pas les moyens d’assumer des pertes pendant des années. Le dernier bilan était à 0, celui en cours allait être très déficitaire, les banquiers s’agaçaient.
Je leur en voulais. Vous ne comprenez rien ! Sauf qu’ils avaient raison. On ne vit que de la richesse qu’on produit.
Personne n’a jamais été payé avec des figues.
« Fabrice, c’est la merde ? Tu vas y arriver ? », comme une question qui revenait trop souvent.
« T’inquiètes ! ».
Et le plus grand paradoxe de mon existence a eu lieu cette même année, en juin, des mois après l’acquisition d’un géant de l’intérim par le numéro 3 mondial. Sauf qu’en France, l’acquéreur était plus petit et fort différent.
De nombreux collègues du siècle passé, des très bons de l’intérim professionnel, ont commencé à m’appeler, malheureux dans cette nouvelle organisation.
Ils voulaient discuter. Cherchaient une opportunité. Un challenge.
Avec mes défauts, les médisances qu’on racontait, je me suis toujours demandé : pourquoi moi ?
Je ne saurais jamais.
Mais si j’embauchais les premiers comme des phares, les autres suivraient.
Comment faire pour financer un tel bazar ? Mon dieu ! Faudrait des millions.
En plus, il y avait urgence, car j’avais déjà commencé à dire oui à quelques uns. Les promesses d’embauche se signaient et mon RAF s’étouffait.
Mais c’était l’opportunité de ma vie. Une énorme… Sans avoir la moindre solution pour payer tout ça.
« T’es un grand fou ! ».
J’ai rien répondu. J’ai préféré trinquer, en souriant.
Alors que je voulais juste retourner au pays de mon enfance. Pour le goût de mon doudou sur le souffle de l’insouciance. Si loin du bruit et de la médiocrité des autres.
Fabrice
5 Décembre 2009.
La crise n’en finissait pas, Lady Gaga devenait une star mondiale, et moi je m’étais séparé du tiers de mes salariés.
C’était mes 34 ans. La fête, un bar autour d’une piste avec des amis chez LIP et des copains de toujours.
J’ai toujours tout mélangé, des vieux, des jeunes. Se confronter.
Mais avec le temps, j’ai compris que LIP avait avalé ma vie entière. Presque.
Dans une soirée, y a toujours ce moment où les mecs se demandent comment va le boulot. Quelques commentaires…
Et les jaloux, au fond, n’attendent que ta chute.
Et moi ?
Nous étions 21 collaborateurs en janvier. En septembre, il en restait 14, mais sans avoir fermé aucune agence.
Que j’ai été mauvais ! Au lieu de gérer ça d’un coup d’un seul, j’ai préféré en licencier un par mois.
Ce n’était plus le LIP festif et joyeux, où ça rigole, mais Koh Lanta. A qui le tour ?
J’ai eu si honte quand j’ai quitté cette agence de Savoie, après avoir renvoyé cette jeune mère célibataire et ce technicien qui avait démissionné pour tenter l’aventure chez nous. J’ai gardé leur directeur, plus efficace et avec lequel je ne m’entendais pas vraiment. Drôle d’ironie !
J’étais rentré direct chez moi, abîmé… Putain ! Juste envie de m’enfuir.
Mais j’avais accompli mon devoir pour la boîte.
On n’avait pas les moyens d’assumer des pertes pendant des années. Le dernier bilan était à 0, celui en cours allait être très déficitaire, les banquiers s’agaçaient.
Je leur en voulais. Vous ne comprenez rien ! Sauf qu’ils avaient raison. On ne vit que de la richesse qu’on produit.
Personne n’a jamais été payé avec des figues.
« Fabrice, c’est la merde ? Tu vas y arriver ? », comme une question qui revenait trop souvent.
« T’inquiètes ! ».
Et le plus grand paradoxe de mon existence a eu lieu cette même année, en juin, des mois après l’acquisition d’un géant de l’intérim par le numéro 3 mondial. Sauf qu’en France, l’acquéreur était plus petit et fort différent.
De nombreux collègues du siècle passé, des très bons de l’intérim professionnel, ont commencé à m’appeler, malheureux dans cette nouvelle organisation.
Ils voulaient discuter. Cherchaient une opportunité. Un challenge.
Avec mes défauts, les médisances qu’on racontait, je me suis toujours demandé : pourquoi moi ?
Je ne saurais jamais.
Mais si j’embauchais les premiers comme des phares, les autres suivraient.
Comment faire pour financer un tel bazar ? Mon dieu ! Faudrait des millions.
En plus, il y avait urgence, car j’avais déjà commencé à dire oui à quelques uns. Les promesses d’embauche se signaient et mon RAF s’étouffait.
Mais c’était l’opportunité de ma vie. Une énorme… Sans avoir la moindre solution pour payer tout ça.
« T’es un grand fou ! ».
J’ai rien répondu. J’ai préféré trinquer, en souriant.
Alors que je voulais juste retourner au pays de mon enfance. Pour le goût de mon doudou sur le souffle de l’insouciance. Si loin du bruit et de la médiocrité des autres.
Fabrice
Épisode 8/10. Cash.
2011. L’année de l’affaire DSK et du drame de Fukushima.
12 septembre. J’étais à Montpellier pour déjeuner avec l’équipe. Mon RAF m’a appelé épouvanté. La banque principale n’avait toujours pas décaissé les salaires de nos intérimaires, presque 1000. Et elle ne le prenait pas au téléphone.
C’est une blague ?
J’ai essayé à mon tour. En vain. En réunion ou absents.
En retournant à l’agence pour le café, des intérimaires se plaignaient déjà de pas avoir reçu leurs payes. Et à Lyon, on cherchait à me joindre pour les mêmes raisons. Un vrai standard, un harcèlement légitime.
Putain, c’est quoi ce bordel ?
En sueurs, des palpitations, j’ai cru faire un malaise dans le TGV retour, puis le soir chez moi.
Je leur réponds quoi ?…
Aux 12 agences, 36 collaborateurs, avec des nouvelles activités dans le Tertiaire et le Transport.
Ça y est, c’était l’effondrement ?
Alors que ça devait être notre grand virage.
Pour absorber nos pertes, la crise et notre développement, après 3 bilans si laids, et surtout pour faire venir les ex-collègues du major en pleine fusion, j’avais tout joué, comme à la roulette d’un casino. Tout !
J’avais signé des cautions personnelles en pagaille. Vendu un appartement que je louais. Emprunté 100k€ à 10% d’intérêts payable au trimestre échu sur un coin de table.
Et même raccourci le bilan 2011 de 4 mois pour éviter la période hivernale plus difficile.
Tour de passe-passe afin d’être certain de présenter une copie pleine de dignité.
J’avais également racheté la quasi totalité des parts de mon associé, mon aîné, avec un crédit-vendeur sur 7 ans, alors que les chiffres prédisaient un fiasco.
Mais je voulais être le seul propriétaire et maître à bord. C’était mon œuvre, mon succès ou mon échec, mon ego à la con aussi.
La banque a rappelé le lendemain. Pas leur chef, mais la commerciale, gênée comme jamais. Parce que son directeur avait changé les règles du jeu en place depuis des années. Les salaires seraient décaissées quand le cash des factures cédées seraient sur le compte.
Avant, ils voulaient juste la preuve des cessions. Ils l’avaient depuis le vendredi. Comme d’habitude.
Je vous déteste. Pas ça !
Les intérimaires ont été payés avec deux jours de retard. Pardon !
J’ai rencontré ce directeur le vendredi. À peine 5 minutes. « Mais pourquoi Monsieur ? ».
« Je ne crois pas en vous. Pas de cash sur le compte, la banque ne paye rien. Débrouillez-vous ! ».
Je suis parti furieux et honteux, à bout ! Ça ne s’arrêtera donc jamais ?
Non !
Mon RAF s’apprêtait à partir, et mon assistante du premier jour prenait sa retraite.
Mais fallait garder le sourire, l’énergie et la foi, malgré les baffes, le vertige.
Quand je n’avais pas le moral, seul, je retournais souvent devant l’immeuble où j’avais grandi. Je le regardais parfois une heure entière. Je n’ai jamais compris pourquoi, mais ça m’a toujours apaisé quelques minutes.
Et je repartais, prêt à donner le change.
Fabrice
2011. L’année de l’affaire DSK et du drame de Fukushima.
12 septembre. J’étais à Montpellier pour déjeuner avec l’équipe. Mon RAF m’a appelé épouvanté. La banque principale n’avait toujours pas décaissé les salaires de nos intérimaires, presque 1000. Et elle ne le prenait pas au téléphone.
C’est une blague ?
J’ai essayé à mon tour. En vain. En réunion ou absents.
En retournant à l’agence pour le café, des intérimaires se plaignaient déjà de pas avoir reçu leurs payes. Et à Lyon, on cherchait à me joindre pour les mêmes raisons. Un vrai standard, un harcèlement légitime.
Putain, c’est quoi ce bordel ?
En sueurs, des palpitations, j’ai cru faire un malaise dans le TGV retour, puis le soir chez moi.
Je leur réponds quoi ?…
Aux 12 agences, 36 collaborateurs, avec des nouvelles activités dans le Tertiaire et le Transport.
Ça y est, c’était l’effondrement ?
Alors que ça devait être notre grand virage.
Pour absorber nos pertes, la crise et notre développement, après 3 bilans si laids, et surtout pour faire venir les ex-collègues du major en pleine fusion, j’avais tout joué, comme à la roulette d’un casino. Tout !
J’avais signé des cautions personnelles en pagaille. Vendu un appartement que je louais. Emprunté 100k€ à 10% d’intérêts payable au trimestre échu sur un coin de table.
Et même raccourci le bilan 2011 de 4 mois pour éviter la période hivernale plus difficile.
Tour de passe-passe afin d’être certain de présenter une copie pleine de dignité.
J’avais également racheté la quasi totalité des parts de mon associé, mon aîné, avec un crédit-vendeur sur 7 ans, alors que les chiffres prédisaient un fiasco.
Mais je voulais être le seul propriétaire et maître à bord. C’était mon œuvre, mon succès ou mon échec, mon ego à la con aussi.
La banque a rappelé le lendemain. Pas leur chef, mais la commerciale, gênée comme jamais. Parce que son directeur avait changé les règles du jeu en place depuis des années. Les salaires seraient décaissées quand le cash des factures cédées seraient sur le compte.
Avant, ils voulaient juste la preuve des cessions. Ils l’avaient depuis le vendredi. Comme d’habitude.
Je vous déteste. Pas ça !
Les intérimaires ont été payés avec deux jours de retard. Pardon !
J’ai rencontré ce directeur le vendredi. À peine 5 minutes. « Mais pourquoi Monsieur ? ».
« Je ne crois pas en vous. Pas de cash sur le compte, la banque ne paye rien. Débrouillez-vous ! ».
Je suis parti furieux et honteux, à bout ! Ça ne s’arrêtera donc jamais ?
Non !
Mon RAF s’apprêtait à partir, et mon assistante du premier jour prenait sa retraite.
Mais fallait garder le sourire, l’énergie et la foi, malgré les baffes, le vertige.
Quand je n’avais pas le moral, seul, je retournais souvent devant l’immeuble où j’avais grandi. Je le regardais parfois une heure entière. Je n’ai jamais compris pourquoi, mais ça m’a toujours apaisé quelques minutes.
Et je repartais, prêt à donner le change.
Fabrice
Épisode 9/10. La traversée.
Décembre 2014.
J’étais au Cap Vert depuis Noël. Et maintenant, à 4 potes, on s’apprêtait à traverser l’atlantique jusqu’à Belém au Brésil, sur le catamaran.
Une dizaine de jours où je serais totalement coupé du monde. Starlink n’existait pas, et encore moins l’IA.
J’avais 39 ans. Rincé comme jamais de cette première décennie.
Les 3 dernières années avaient été un tourbillon géant. Des rencontres extraordinaires, des coups de poker et des dettes. Une folie furieuse pour un projet énorme, aux couleurs de mon inconscience.
Sauf que je croyais en nous, en ma bonne étoile, certain que ça passerait.
Personne ne m’interdirait de réaliser mon rêve de gosse.
On a levé l’ancre à midi sur Happy de Pharell W. Je laissais derrière moi les miens, 36 agences, et 150 permanents.
Le vent a soufflé dans les voiles. C’est étrange l’instant précis où on ne voit plus la terre autour. Juste l’océan. Je me suis demandé si je n’avais pas fait une grosse connerie, si j’étais lâche. Je n’en pouvais plus.
J’avais plusieurs millions de cautions, sans que je ne possède rien de plus qu’une maison à crédit.
On m’aurait pris quoi ? Mon honneur ? Sûrement ! Et j’aurais payé pour le reste d’une vie de misère.
Tout était nanti, hypothéqué… pour LIP.
Ils étaient si nombreux à compter sur moi, à avoir confiance… pendant que d’autres attendaient notre chute. Ma chute !
Je les comprends tellement.
Malgré les 80 M€ de 2014, la rentabilité restait pathétique. On ne décollait pas sur ce point vital. Crucial pour une entreprise.
Le reste, c’est de la poésie.
Pas assez de fonds propres, de trésorerie. Des tas d’impayés, et nos ratios dans le rouge. On ne voulait bientôt plus nous délivrer notre attestation de garantie.
Et il fallait tout factoriser, en plus d’une ligne de découvert colossal pour qu’on puisse assumer tout ce bazar.
Le soleil s’est couché sur l’eau. La nuit s’est installée sur la table. On mange toujours très bien sur un bateau. On a organisé les quarts par tranche de deux heures sur le bruit des vagues.
Avec tous ces couperets, je ne réussissais jamais à être fier de tout ce qu’on accomplissait.
Est-ce que j’étais ce château de cartes qui allait s’écrouler ? Juste un imbécile ? Après avoir embauché, depuis 2012, une bonne centaine de collaborateurs. Merci à eux ! Acheté 2 entreprises, dans le sud et à Paris. Ouvert 18 agences pour agrandir la carte de France, en restant aligné sur nos métiers et spécialités. Jamais se dévoyer ! Acheté un vrai siège social, et ce premier bateau pour remercier les meilleurs chez LIP.
Merci à la conviction sans borne de cette banquière !
On est arrivés 11 jours plus tard aux portes de l’Amazonie. Un voyage en dehors du temps.
Quand je revois cette photo, ça me fait un truc dans le ventre. C’est une autre époque, surtout la fin d’un cycle et d’une certaine liberté finalement.
Car j’ai compris qu’il ne faut pas posséder grand-chose pour n’avoir peur de rien.
Fabrice
Décembre 2014.
J’étais au Cap Vert depuis Noël. Et maintenant, à 4 potes, on s’apprêtait à traverser l’atlantique jusqu’à Belém au Brésil, sur le catamaran.
Une dizaine de jours où je serais totalement coupé du monde. Starlink n’existait pas, et encore moins l’IA.
J’avais 39 ans. Rincé comme jamais de cette première décennie.
Les 3 dernières années avaient été un tourbillon géant. Des rencontres extraordinaires, des coups de poker et des dettes. Une folie furieuse pour un projet énorme, aux couleurs de mon inconscience.
Sauf que je croyais en nous, en ma bonne étoile, certain que ça passerait.
Personne ne m’interdirait de réaliser mon rêve de gosse.
On a levé l’ancre à midi sur Happy de Pharell W. Je laissais derrière moi les miens, 36 agences, et 150 permanents.
Le vent a soufflé dans les voiles. C’est étrange l’instant précis où on ne voit plus la terre autour. Juste l’océan. Je me suis demandé si je n’avais pas fait une grosse connerie, si j’étais lâche. Je n’en pouvais plus.
J’avais plusieurs millions de cautions, sans que je ne possède rien de plus qu’une maison à crédit.
On m’aurait pris quoi ? Mon honneur ? Sûrement ! Et j’aurais payé pour le reste d’une vie de misère.
Tout était nanti, hypothéqué… pour LIP.
Ils étaient si nombreux à compter sur moi, à avoir confiance… pendant que d’autres attendaient notre chute. Ma chute !
Je les comprends tellement.
Malgré les 80 M€ de 2014, la rentabilité restait pathétique. On ne décollait pas sur ce point vital. Crucial pour une entreprise.
Le reste, c’est de la poésie.
Pas assez de fonds propres, de trésorerie. Des tas d’impayés, et nos ratios dans le rouge. On ne voulait bientôt plus nous délivrer notre attestation de garantie.
Et il fallait tout factoriser, en plus d’une ligne de découvert colossal pour qu’on puisse assumer tout ce bazar.
Le soleil s’est couché sur l’eau. La nuit s’est installée sur la table. On mange toujours très bien sur un bateau. On a organisé les quarts par tranche de deux heures sur le bruit des vagues.
Avec tous ces couperets, je ne réussissais jamais à être fier de tout ce qu’on accomplissait.
Est-ce que j’étais ce château de cartes qui allait s’écrouler ? Juste un imbécile ? Après avoir embauché, depuis 2012, une bonne centaine de collaborateurs. Merci à eux ! Acheté 2 entreprises, dans le sud et à Paris. Ouvert 18 agences pour agrandir la carte de France, en restant aligné sur nos métiers et spécialités. Jamais se dévoyer ! Acheté un vrai siège social, et ce premier bateau pour remercier les meilleurs chez LIP.
Merci à la conviction sans borne de cette banquière !
On est arrivés 11 jours plus tard aux portes de l’Amazonie. Un voyage en dehors du temps.
Quand je revois cette photo, ça me fait un truc dans le ventre. C’est une autre époque, surtout la fin d’un cycle et d’une certaine liberté finalement.
Car j’ai compris qu’il ne faut pas posséder grand-chose pour n’avoir peur de rien.
Fabrice
Dernier épisode, 10/10.
Une île.
2015, une année terrible d’attentats.
On était en mai, sur l’île des Embiez. Pour célébrer ensemble les 10 ans de LIP. Week-end de Pentecôte. La fête et la fierté de porter notre maillot. Rien que du bonheur.
C’est l’année du grand virage, quand on peut respirer enfin.
Avec plus de 100 M€ de CA et un magnifique résultat net, on nous donnait les clefs de notre liberté, notre indépendance, avec le respect des autres.
J’allais avoir 40 ans, mes cautions s’effaçaient, et on allait même bientôt dire « bonjour monsieur ! ».
Stop ! Moi, c’est Fabrice, et je te regarderai toujours avec simplicité. Sinon mes parents ne seraient pas fiers de moi.
Le temps de cette escapade, le sentiment d’avoir gagné la guerre ne me quittait plus, après toutes ces batailles.
Mais j’avais déjà mille projets dans la tête, des tas d’aventures à vivre encore. De l’ambition, un cap pour après.
Des promotions s’accéléraient, des nouveaux arrivaient. Une équipe de direction s’imposait pour construire la suite, faire briller nos initiales, et le siège s’organisait enfin. Grâce à des gens de si grande qualité, pertinents. Merci !
Ce LIP 2015 ressemblait déjà au LIP d’aujourd’hui. Avec ses fondamentaux et son organisation. Et la base de 2005, le projet initial, nos métiers et notre vision professionnelle de l’intérim, restaient gravés dans le marbre.
Sur cette île, j’ai vécu l’une des plus belles scènes de ma vie. Je suis monté sur l’estrade. J’avais préparé quelques mots. Il y a eu un applaudissement, puis deux, et une salle entière debout. Je me suis senti si minuscule. Je n’ai pas pu prononcer une seule phrase.
Des larmes aux yeux, j’ai voulu reprendre mon souffle. Mais l’émotion était trop forte. J’ai ouvert les bras en grand, et j’ai juste crié : merci !
Onze ans plus tard, fin août, comme une rentrée des classes au bureau. J’adore !
Je n’ai plus qu’une seule fille, mais deux petits gars aussi.
Pourquoi j’ai voulu écrire ces épisodes ?
L’envie de raconter ma version du récit, comment on se retrouve à la tête d’une ETI de plus de 500 M€, en partant de zéro.
D’abord avec des rêves !
À force qu’on me réclame la vérité, j’ai voulu avouer le passé avant LIP, puis la genèse de cette boîte, et montrer l’envers du décor.
Tout ce qu’il a fallu faire avant de devenir crédible. Costaud !
C’est un message pour mes collaborateurs, collègues, amis et pour celles et ceux qui vont nous rejoindre. Et aussi à ceux qui sont partis, heureux ou malheureux.
Je sais comme je vous dois tout. Tout ! Merci.
Le soleil se lève. Je souris. Parfois la nostalgie fait du bien. Un café, une clope. Le silence.
Il faut s’arrêter à 2015.
La suite ? On verra.
Il y aurait encore tant à rapporter. Des coups de canif, tous ces échecs, quelques bonnes idées aussi, des rires, des hauts, mais surtout des rencontres en or pour en arriver là.
Je crois que ça s’appelle la vie. Simplement.
Fabrice
Une île.
2015, une année terrible d’attentats.
On était en mai, sur l’île des Embiez. Pour célébrer ensemble les 10 ans de LIP. Week-end de Pentecôte. La fête et la fierté de porter notre maillot. Rien que du bonheur.
C’est l’année du grand virage, quand on peut respirer enfin.
Avec plus de 100 M€ de CA et un magnifique résultat net, on nous donnait les clefs de notre liberté, notre indépendance, avec le respect des autres.
J’allais avoir 40 ans, mes cautions s’effaçaient, et on allait même bientôt dire « bonjour monsieur ! ».
Stop ! Moi, c’est Fabrice, et je te regarderai toujours avec simplicité. Sinon mes parents ne seraient pas fiers de moi.
Le temps de cette escapade, le sentiment d’avoir gagné la guerre ne me quittait plus, après toutes ces batailles.
Mais j’avais déjà mille projets dans la tête, des tas d’aventures à vivre encore. De l’ambition, un cap pour après.
Des promotions s’accéléraient, des nouveaux arrivaient. Une équipe de direction s’imposait pour construire la suite, faire briller nos initiales, et le siège s’organisait enfin. Grâce à des gens de si grande qualité, pertinents. Merci !
Ce LIP 2015 ressemblait déjà au LIP d’aujourd’hui. Avec ses fondamentaux et son organisation. Et la base de 2005, le projet initial, nos métiers et notre vision professionnelle de l’intérim, restaient gravés dans le marbre.
Sur cette île, j’ai vécu l’une des plus belles scènes de ma vie. Je suis monté sur l’estrade. J’avais préparé quelques mots. Il y a eu un applaudissement, puis deux, et une salle entière debout. Je me suis senti si minuscule. Je n’ai pas pu prononcer une seule phrase.
Des larmes aux yeux, j’ai voulu reprendre mon souffle. Mais l’émotion était trop forte. J’ai ouvert les bras en grand, et j’ai juste crié : merci !
Onze ans plus tard, fin août, comme une rentrée des classes au bureau. J’adore !
Je n’ai plus qu’une seule fille, mais deux petits gars aussi.
Pourquoi j’ai voulu écrire ces épisodes ?
L’envie de raconter ma version du récit, comment on se retrouve à la tête d’une ETI de plus de 500 M€, en partant de zéro.
D’abord avec des rêves !
À force qu’on me réclame la vérité, j’ai voulu avouer le passé avant LIP, puis la genèse de cette boîte, et montrer l’envers du décor.
Tout ce qu’il a fallu faire avant de devenir crédible. Costaud !
C’est un message pour mes collaborateurs, collègues, amis et pour celles et ceux qui vont nous rejoindre. Et aussi à ceux qui sont partis, heureux ou malheureux.
Je sais comme je vous dois tout. Tout ! Merci.
Le soleil se lève. Je souris. Parfois la nostalgie fait du bien. Un café, une clope. Le silence.
Il faut s’arrêter à 2015.
La suite ? On verra.
Il y aurait encore tant à rapporter. Des coups de canif, tous ces échecs, quelques bonnes idées aussi, des rires, des hauts, mais surtout des rencontres en or pour en arriver là.
Je crois que ça s’appelle la vie. Simplement.
Fabrice



